jeudi, 01 décembre 2016

Groupe de paroles EXCEPTIONNELLEMENT ce SAMEDI 03/12/2016

03/12/2016, de 10H à 12H Ce 1er Samedi du mois (exceptionnellement)

Où & informations utiles :

MDA = Maison Des Associations (MDA)

72/74 rue Royale, 59000 LILLE (Vieux Lille)

- A 10 min de la Gare LILLE FLANDRES, 5 min du métro RIHOUR

- Parking suggéré : sous la grande place (Payant)

 ATTENTION

Le plan de circulation à LILLE est modifié depuis Aout 2016, consulter pour plus d’information, le site : 

 http://www.lille.fr/Vivre-a-Lille/Me-deplacer/Le-nouveau-plan-de-deplacements-lillois

Notes IMPORTANTE :       

  • Inutile de contacter l’association par téléphone pour vérifier la tenue d’un Groupe de Paroles puisque l’information la plus à jour se trouve sur ce blog :
  • Un second blog dédié à des contenus moins informatifs, plus "culturels": http://etoilebipolaire.blogspot.fr

mercredi, 02 novembre 2016

Forum des associations - Maison des Usagers en Santé Mentale

Notre association sera présente au forum des associations, organisé par la Maison des Usagers en Santé Mentale (MDU) :

  • vendredi 4 novembre de 14h à 17h suivi d’une conférence à 18h et ;
  • samedi 5 novembre de 14h à 17h.

 Le thème de la conférence sera "Vivre plus serein, trouver l’équilibre intérieur" présenté par le docteur SERVANT, psychiatre spécialiste du stress et de l’anxiété au CHU de LILLE.

Il est nécessaire de s'inscrire en adressant un mail à:  nmostaert@mgen.fr

Pour simplifier le travail de Nathalie veuillez intituler votre e-mail de la façon suivante :

Asso Etoile Bipolaire-Inscription conférence du 4/11/2016- Nb places

 Merci d’avance

Adresse & contact de la MDU

5 rue d'Antin à Lille 59000 LILLE - 07 85 43 69 65 Nathalie MOSTAERT Coordinatrice

Groupe de Paroles - Planning de Novembre & Décembre 2016

  • Novembre 2016

 12/11/2016, MDA fermés - pont 11/11/2016, 2ème Samedi du mois

 16/11/2016, à la MDU 15h30 à 17h30, 3ème Mercredi du mois

 26/11/2016, à la MDA  10h à 12h, 4ème Samedi du mois

 

  • Décembre 2016

 10/12/2016, à la MDA 10h à 12h, 2ème Samedi du mois

 21/12/2016, Vacances Scolaire, 3ème Mercredi du mois

 24/12/2016, Vacances Scolaire, 4ème Samedi du mois

 

Où & informations utiles :

MDA = Maison Des Associations (MDA)

72/74 rue Royale, 59000 LILLE (Vieux Lille)

- A 10 min de la Gare LILLE FLANDRES, 5 min du métro RIHOUR

- Parking suggéré : sous la grande place (Payant)

 

MDU = Maison Des Usagers en Santé Mentale (MDU)

5 rue d'Antin 59160, LILLE (Wazemmes)

- A 5 min du métro GAMBETTA

- Parking suggéré : sur la place du marché de Wazemmes (Gratuit)

 

ATTENTION

Le plan de circulation à LILLE est modifié depuis Aout 2016, consulter pour plus d’information, le site : 

 http://www.lille.fr/Vivre-a-Lille/Me-deplacer/Le-nouveau-plan-de-deplacements-lillois

Notes IMPORTANTE :       

  • Inutile de contacter l’association par téléphone pour vérifier la tenue d’un Groupe de Paroles puisque l’information la plus à jour se trouve sur ce blog :
  • Un second blog dédié à des contenus moins informatifs, plus "culturels": http://etoilebipolaire.blogspot.fr

Convention couleurs :

  • ORANGE : Tenue du Groupe de Paroles impossible
  • ROUGE : Modification à la suite d’une mise à jour

vendredi, 25 mars 2016

RAPPEL

Il n'y a pas de Groupe de paroles ce Samedi 26 Mars à la Maison Des Associations

jeudi, 17 mars 2016

Conférence SISM 2016 : "Bipolarité, qu'en savez-vous ?"

Dans le cadre des "SISM", et afin de vous en faire connaître plus, nous vous présentons une conférence.

Le lundi 21 mars 2016, de 17h à 18h30, une conférence sera animée par le Dr Frédéric KOCHMAN (pédopsychiatre, médecin coordinateur de la clinique Lautréamont de Loos, 1 rue de Londres) et les associations Bicycle et Étoile Bipolaire.

Vous pourrez nous poser toutes les questions souhaitées.

La conférence est ouverte à tous et l'entrée est gratuite.

dimanche, 26 octobre 2014

Atelier Mieux etre

Atelier Mieux Etre

''Affirmation de soi ''

Jeudi 18 Décembre 2014 de 18h00 à 20h00

Salle de Projection
Fort de Mons en Baroeul
4 rue de Normandie
59370 MONS EN BAROEUL

L'affirmation de soi est au cœur de nos relations et donc de notre bien-être. C'est être capable d'exprimer ses pensées, ses sentiments, ses opinions.
Comment apprendre à s'affirmer ? Comment se sentir moins mal à l'aise dans nos relations avec les autres ?"

Soirée animée par Nicolas Daumerie, psychologue sur le pôle de santé mentale et Denise Mignot, Association Etoile Bipolaire.

Entrée libre et gratuite, renseignement auprès de Sophie Sueur : 03 20 61 75 57

 

 

Soirée Santé "Mal-être, stress, burn-out"Mardi 25 NOVEMBRE 18H30 à Lille Grand Palais

Notre association a participé à la Soirée Santé organisée par Lille grand Palais sur le thème « Mal-être, Stress, Burn-out » le mardi 25 novembre 2014 .

 

Dans la seconde partie de la soirée, nous avons rencontré de nombreuses personnes et répondu aux  multiples questions sur le stand de l'Association ETOILE BIPOLAIRE . 

 

Le point sur la soirée : cliquez ici

Revivre la conférence grâce au lien Youtube: Cliquez ici

 

Revoir le reportage diffusé sur FRANCE 5:Dans la peau d'un BIPOLAIRE,de l'ombre à la Lumière

L'EXCELLENT REPORTAGE D'Alain CHARLOT en replay.

cliquez ici:

dimanche, 13 avril 2014

Lien vers méditation en pleine conscience

Suite à la discussion au dernier groupe de parole, voici le lien pour essayer la méditation en pleine conscience pour ceux que cela peut intéresser:

http://www.epsm-lille-metropole.fr/content/m%C3%A9ditation-tbpc-g07

Programme de Thérapie Basée sur la Pleine Conscience élaboré par les docteurs Jeanson et Versaevel (version d'essai)

samedi, 12 avril 2014

Parole du patient, éthique du soignant... tout un programme !

Parole du patient, éthique du soignant... tout un programme !

 

Le 24 avril 2014 s’ouvrait la conférence internationale d’éthique clinique (ICCEC)sur le thème "La voix du patient". Martin Winckler, médecin, romancier, essayiste... en fût l'un des intervenants. Une brillante chronique intitulée "Parole du patient, éthique du soignant", à l'image de son auteur qui nous fait l'honneur de la partager avec la communauté d'Infirmiers.com.

parole du patient éthique du soignant

10e Conférence internationale d’éthique clinique sur "La voix du patient"

Aujourd’hui, je vais vous parler de ce qui devrait être. Vous n’aurez pas de mal à en déduire ce qui, malheureusement, n’est pas encore. Ce que je tente d’exprimer ici n’est pas une suite de dogmes, mais une série d’intuitions et d’aspirations. Patient et soignant sont tous deux des humains. Ils arpentent tous deux la route dangereuse, imprévisible et finie de la vie. Peu de chose, symboliquement, les différencient. En pratique, ce qui les sépare est leur situation. Le patient est un humain tombé dans un fossé (un ravin, un gouffre) et souffre. Il demande de l’aide à ses proches et, parfois, à un soignant. Le soignant est un humain qui dispense des soins. Parfois c’est un geste spontané, désintéressé ; parfois, c’est un métier choisi et il en vit. Dans un cas comme dans l’autre, c’est son attitude qui fait de lui un soignant, et non son statut.

Patient et soignant sont tous deux des humains. Ils arpentent tous deux la route dangereuse, imprévisible et finie de la vie

Pour aider le patient à sortir du fossé (du ravin, du gouffre), le soignant dispose d’un point d’appui (son savoir) et d’un levier (son savoir-faire, ses expériences). Sa mission : ramener le patient sur la terre ferme, l’empêcher de tomber plus bas, lui éviter d’être englouti dans les sables mouvants. Le soignant délivre des soins, des encouragements, de la réassurance. Le patient les reçoit et donne, en retour, beaucoup de gratifications - de la confiance, de la reconnaissance, de l’argent ; il contribue à la réputation, à la renommée du soignant. Ainsi, la relation de soin est une relation d’entraide, une relation de partage. Ce n’est pas une relation de pouvoir, ni d’une part, ni de l’autre. Le pouvoir s’exerce sans partage. Pouvoir et soin sont incompatibles.

C’est la parole du patient qui désigne le soignant. C’est elle qui décrit la situation - le fossé, le ravin, le gouffre dans lequel se trouve le patient. C’est elle qui fait appel au soignant - à celui-là et pas un autre. Sans la parole du patient, il n’y a pas de soignant.

Ainsi, la relation de soin est une relation d’entraide, une relation de partage

Ecoutez bien ce que dit le patient quand il entre, disait le britannique William Osler, car il vous donne le diagnostic.

C’est vrai : sans symptômes (ce que le patient ressent), les signes (ce que le soignant observe ou non) n’ont aucune signification. La parole du patient retrace l’histoire des uns et des autres. Elle décrit leur intensité et la perception qu’il en a. Elle exprime les émotions qui les ont accompagnées - et celles qui motivent l’appel au soignant.

Le soignant de métier connaît souvent beaucoup de choses. Il peut être tenté de penser qu’il sait mieux que le patient ce qui lui arrive. Il peut être tenté de croire qu’il est en charge. Mais c’est toujours au patient, avant tout, de prendre les décisions qui le concernent : il s’agit de sa vie, de son corps. Le soignant n’est pas dans le corps du patient, il n’est pas dans sa vie - sauf pendant le court temps qu’ils passent ensemble. Le soignant n’a pas les sensations du patient, ni ses représentations, ni ses émotions, ni sa sensibilité, ni ses repères, ni ses perceptions.

Le serment du soignant lui enjoint de respecter le corps du patient. Il doit aussi respecter sa parole, son ou ses récits. Souvent, la parole du patient peine à s’exprimer : Parce qu’il souffre. Parce qu’il a peur. Parce qu’il a honte. Parce qu’il est pudique et sensible. Parce qu’il est impressionné par le médecin. Parce qu’il craint d’être jugé. Parfois, parce qu’il a un secret.

Le soignant de métier connaît souvent beaucoup de choses. Il peut être tenté de penser qu’il sait mieux que le patient ce qui lui arrive

Le rôle du soignant consiste non seulement à l’écouter mais aussi à aider le patient à déterminer où il en est et ce qu’il veut faire - choses que le soignant ne peut pas savoir aussi bien que lui. La parole du patient doit être reçue et acceptée avec ses balbutiements et ses accidents, ses hésitations, ses incertitudes, ses erreurs, ses errances et ses errements, ses idées fixes et ses revirements.

La parole du patient, bien sûr, ne dit pas toujours toute la vérité. A chacun sa vérité, disait Pirandello. Et everybody lies, renchérit Greg House. Mais on ne peut pas soigner en mettant, a priori, la parole du patient en doute. Le fait que le patient omette, oublie, se trompe ou mente délibérément ne dispense pas le soignant de l’écouter et ne l’autorise jamais à suspendre son aide !!!Car l’objectif du soin est, avant tout, le mieux-être (ou le moins-mal-être) du patient. Et la mission du soignant n’est pas de contrôler la sincérité de ce que le patient dit mais de se guider sur ses dires pour vérifier qu’il lui dispense des soins appropriés !

Le patient est le capitaine de sa vie. Le soignant est un pilote qui l’aide, le cas échéant, à s’extraire des récifs sur lesquels il s’est échoué. La parole du patient guide le soignant à tout moment. Et c’est au soignant d’adapter son savoir et son savoir-faire au patient, non au patient de se plier à la pratique du soignant. Sinon, ce n’est plus du soin, mais une relation de pouvoir.

Le patient est le capitaine de sa vie. Le soignant est un pilote qui l’aide, le cas échéant, à s’extraire des récifs sur lesquels il s’est échoué

Ce que veut le patient, le plus souvent, c’est se libérer de la souffrance. Et c’est pour cela qu’il fait appel au soignant. Quand la souffrance s’est atténuée, le patient se sent plus libre, y compris de ne plus faire appel au soignant. La meilleure relation de soin, c’est celle à laquelle patient et soignant sont heureux de mettre un terme, de constater qu’elle n’a plus d’objet parce que le patient est de nouveau libre de vivre sa vie. Cela aussi, c’est la parole du patient qui le dit.

La parole du soignant est importante elle aussi : après tout, il s’agit d’une relation de partage. Les deux voix doivent se répondre, non s’opposer ; dialoguer et non s’affronter ; définir ensemble et non disputer. Le soignant n’a pas pour mission de corriger le patient ou de le faire taire, mais au contraire de l’aider à s’exprimer, dans toutes ses nuances.

Le soignant est un être humain. Quel que soit son statut, il n’a pas de supériorité morale sur les autres êtres humains. Certains soignants peuvent cependant être tentés de profiter de la situation des patients, d’abuser de leurs faiblesses, d’user de leur ascendant pour leur profit personnel, de monnayer leurs soins pour un prix exorbitant. Pour cette raison, le patient est protégé par des gardes-fous, des lois que le soignant doit respecter. Le soignant est également guidé par des règles de comportement professionnel (code de déontologie) et par des principes moraux (règles éthiques).

Les uns sont édictés par les groupements de professionnels ; les autres sont issues des réflexions des philosophes. Mais rien n’interdit d’imaginer un code d’éthique énoncé par le patient.

Moi qui suis aussi un patient (je l’ai été, je le suis, je le serai, comme tout un chacun), je vous en propose un, en forme de décalogue.

Rien n’interdit d’imaginer un code d’éthique énoncé par le patient...

Le décalogue du soin, énoncé par le patient

  1. Je suis le patient, ton égal, et je te choisis comme soignant. En échange de ma confiance, tu assumeras la responsabilité de mes soins avec loyauté. Car je n’ai pas besoin d’une relation de pouvoir, mais de soutien, d’assistance et de partage.
  2. Pour me soigner au mieux, physiquement et moralement, tu mettras en œuvre ton savoir, ton savoir-faire, ton intelligence et ton humanité ; tu prendras garde, en tout temps, à ne pas me nuire.
  3. Tu respecteras ma personne dans toutes ses dimensions, quels que soient mon âge, mon genre, mes origines, ma situation sociale ou légale, ma culture, mes valeurs, mes croyances, mes pratiques, mes préférences. Si tes valeurs sont trop éloignées des miennes pour que tu te sentes prêt à me soigner, tu m’aideras sans réserve à trouver le soignant dont j’ai besoin.
  4. Tu seras le confident et le témoin qui entend mes plaintes, mes craintes et mes espoirs sans jamais les disqualifier, les minimiser, les travestir, les museler, les divulguer sans mon accord ou les utiliser contre moi. Tu seras mon interprète et mon porte-parole, celui qui parle en mon nom mais non à ma place. Tu ne me soumettras pas à des interrogatoires inquisiteurs et tu ne me baillonneras pas.
  5. Tu partageras avec moi, sans réserve et sans brutalité, toutes les informations qui me concernent et dont j’ai besoin pour comprendre et supporter ce qui m’arrive, pour faire face ce qui m’arrivera. Tu répondras patiemment et sans restriction à toutes mes questions ; tu ne me cantonneras pas au silence, tu ne me laisseras pas dans l’ignorance.
  6. Tu m’aideras à prendre les décisions qui me concernent, en m’informant et en me guidant au mieux. Tu n’entraveras jamais ma liberté par la menace, le chantage, le mensonge, le mépris, la manipulation, le reproche, la culpabilisation, la honte, la séduction. Tu ne me tromperas ni sur tes compétences ni sur tes limites. Tu ne m’abuseras pas et tu n’abuseras pas de moi.
  7. Tu m’assisteras non seulement face à la maladie, mais aussi face à tous ceux qui pourraient profiter de mon état – tout particulièrement s’il s’agit d’autres professionnels de santé. Tu ne seras ni leur complice, ni leur serviteur. Et tu refuseras que quiconque – moi y compris - t’achète ou t’utilise.
  8. Tu m’aideras à lutter contre les injustices qui m’empêchent de recevoir des soins, tu respecteras et feras respecter les lois qui me protègent. Tu te tiendras à jour des connaissances scientifiques et des savoir-faire libérateurs ; tu lutteras contre les obscurantismes.
  9. Tu respecteras tous les autres soignants, quelle que soit leur statut, leur formation, leur mode d’exercice et tu oeuvreras de concert avec eux. Car j’ai besoin de soignants qui travaillent ensemble, et non de professionnels aliénés par la hiérarchie ou les luttes de pouvoir.
  10. Tu te soigneras et tu soigneras les tiens avec le même engagement et la même loyauté qu’à mon égard. Car si je ne veux pas d’un soignant qui m’exploite, je ne veux pas non plus d’un soignant qui se sacrifie. J’ai besoin d’un soignant que soigner gratifie.

Martin WincklerMartin WINCKLER Médecin, romancier, essayiste, blogueur...

Ce texte a été publié sur le site internet de l'auteur le 27 mai 2014

 

mardi, 17 juillet 2012

Les représentations sociales du « fou », du « malade mental » et du « dépressif

 

Texte intégral de l'article
 
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Les représentations sociales du « fou », du « malade mental » et du « dépressif »


l'Information Psychiatrique. Volume 79, Numéro 10, 887-94, Décembre 2003, Santé mentale : images et réalités
 

Résumé   Summary  

Auteur(s) : Laurent Defromont , Praticien hospitalier, Chef de service, Directeur du Centre collaborateur OMS EPSM Lille. Métropole, Centre Frontières, 211 rue Roger‐Salengro, 51260 Lille‐Hellemmes , Jean‐Luc Roelandt.

Résumé : À partir d‘un échantillon de 10 882 personnes en France et dans l‘Océan indien, nous avons réalisé une analyse textuelle concernant les trois questions. Selon vous, qu‘est‐ce qu‘un fou ?, Selon vous, qu‘est‐ce qu‘un malade mental ? et Selon vous, qu‘est‐ce qu‘un dépressif ? L‘outil informatique utilisé pour traiter cette masse de données permet de mettre en évidence les différences culturelles entre sites, mais aussi de connaître l‘opinion générale sur la maladie mentale dans son acception la plus large. Ces données sont des outils de compréhension de l‘attitude des populations par rapport à la santé mentale, et donc également des individus dans leur relation avec la maladie.

Mots-clés : santé mentale, représentation, épidémiologie, cultures.

ARTICLE

 

Auteur(s) : Laurent Defromont1, Jean-Luc Roelandt2

1 Praticien hospitalier  
2
 Praticien hospitalier, Chef de service, Directeur du Centre collaborateur OMS 
EPSM Lille. Métropole, Centre Frontières, 211 rue Roger-Salengro, 51260 Lille-Hellemmes 

L'évolution de la prise en charge de patients suivis en psychiatrie a fait naître de nouvelles questions. L'apparition de traitements efficaces, les modifications des politiques de santé mentale, la disparition progressive des grandes structures asilaires, la volonté grandissante de réhabilitation des malades mentaux, ont confronté les équipes psychiatriques à de nouveaux problèmes. Il s'agit de la crainte et des oppositions au retour dans la communauté de ceux qui avaient longtemps été rejetés au loin... Ce sont les fous qui consultent les psychiatres ! Mais qu'est-ce que cela veut dire pour le public qu'être « fou » ? Est-ce la même chose que d'être « malade mental » ? Et le « dépressif », que représente-t-il dans notre société ? Quelle image a-t-on de lui ? Quelle signification donner à sa médiatisation ? 

L'accès aux soins passe par la déstigmatisation de la maladie mentale. Le besoin, la nécessité d'information des patients et de leur entourage amènent à faire un effort dans l'exercice d'explication de la maladie, mais aussi dans l'écoute du vocabulaire psychiatrique employé par ces derniers. Qu'est-ce qui est entendu à l'annonce d'un diagnostic ? Que devons-nous comprendre par l'emploi de vocabulaire lié à la psychiatrie par le patient ou ses proches ? Il y a le diagnostic et l'usage profane du terme. Ce type est schizophrène, Mon voisin est débile, Ma copine est hystérique. On voit bien d'ailleurs que l'ensemble des manières de parler la psychiatrie est négative. Ces différents problèmes ont un point commun : l'image de la psychiatrie, de la pathologie psychiatrique, des malades mentaux. 

Ces questions ont entraîné un nouveau courant de recherche en psychiatrie qui s'intéresse à l'étude de l'attitude du public envers les malades mentaux, mais également aux représentations des pathologies psychiatriques ou des psychiatres. L'étude La santé mentale en population générale : images et réalités analyse l'attitude du public et les représentations sociales du « fou », du « malade mentale » et du « dépressif ». Nous proposons une réflexion et des pistes pour comprendre ces représentations et les attitudes qui y sont attachées.

Les représentations sociales Revue de la littérature

La représentation sociale est un concept développé en psychologie sociale par Moscovisci et Jodelet. Pour Jodelet, une représentation sociale « C'est une forme de connaissance socialement élaborée et partagée, ayant une visée pratique et concourante à la construction d'une réalité commune à un ensemble social » [11, 12]. C'est un savoir naïf qui permet de se positionner dans la vie quotidienne. Il est impossible d'accéder directement aux représentations sociales ; elles se situent au carrefour entre l'individu et la collectivité. Mais comment interroger la collectivité ? Il faut d'abord interroger l'individu. Si le psychologique est interrogeable directement, la représentation sociale ne peut être que reconstruite (ou représentée). Ces représentations sociales peuvent impliquer des cognitions complexes. Dan Sperber signale même que « beaucoup de représentations culturelles complexes ne sont jamais rendues publiques sous la forme d'un discours intégré » [20].

Différentes études ont été effectuées sur les attitudes et les représentations sociales et ce qui les caractérise ; nous n'avons pas retrouvé d'étude française référencée [1, 2, 4, 13-15]. Certaines analysent l'impact de l'installation de malades mentaux dans une ville [5]. L'échelle d'évaluation, la Community Attitude to the Mentally Ill (CAMI scale), développée par Taylor et Dear [19], explore trois domaines (peur et exclusion, contrôle social et bienveillance) et est régulièrement employée par les auteurs comme base de leurs travaux. Les études se proposent d'identifier certains facteurs favorisant le rejet des malades mentaux, afin de mieux diriger les interventions éducatives en population générale [16]. Brockington retrouve un lien fort entre la tolérance des sujets, leur âge, leur éducation ou la proximité qu'ils peuvent avoir avec les malades mentaux [3]. L'effet de cette proximité est le plus communément admis ; le fait de connaître directement ou indirectement une personne présentant un trouble mental permettrait une meilleure tolérance. Wollf signale que les personnes les plus « rejetantes » sont les sujets qui ont des enfants à leur charge et les personnes qui ont un faible niveau d'éducation ; il ne retrouve pas de déterminant social [22]. Dans leur revue de la littérature, Hayward et Bright [10] montrent que les malades mentaux sont décrits dans la population comme « dangereux, imprévisibles, il est difficile de parler avec eux, eux seuls sont responsables, ils pourraient s'en sortir par eux-mêmes, ils répondent peu aux traitements. » Certains se sont intéressés à l'un des véhicules présumés de ces représentations des malades mentaux : les médias. Day [6], dans les journaux canadiens, Dudley [8], dans des fictions australiennes, et Wilson étudient la représentation télévisuelle des malades mentaux [21]. Ils notent tous les trois les visions péjoratives des représentations, mais on sait peu de choses sur ce qui motive ces attitudes. Pourquoi telle réaction, telle attitude sont-elles communément tenues par la population ? Les attitudes sont fréquemment étudiées sans qu'on en détermine les fondements.

Méthodologie

Questionnaires

Nous ne revenons pas sur la présentation générale de l'étude exposée par ailleurs [7, 18], nous précisons ici certains éléments concernant notre travail. L'élaboration du questionnaire s'est effectuée sur plusieurs années avec de multiples intervenants de différents domaines. Cela afin de ne pas plaquer un cas clinique psychiatrique qui ne « parle » qu'au psychiatre (c'est ce qui est fait avec les vignettes cliniques qui sont des types cliniques présentés aux interviewés). Il s'agit de faire émerger des entités reconnues par la population. Ce travail a permis de distinguer trois types différents de représentations : le « fou », le « malade mental » et le « dépressif ». Ces trois concepts permettent d'appréhender la conception du champ psychiatrique de la population générale. Trois questions ouvertes sont proposées dans cette étude, systématiquement en début puis en fin d'entretien : Selon vous, qu'est-ce qu'un fou ? Selon vous, qu'est-ce qu'un malade mental ? et Selon vous, qu'est-ce qu'un dépressif ? Les trois questions sont posées dans un ordre aléatoire défini par la feuille de route de chaque enquêteur, afin d'éviter un biais systématique de contamination des réponses entre elles. Notre approche est intermédiaire entre l'enquête d'opinion avec questions fermées et l'enquête de psychologie sociale proprement dite. C'est une recherche unique en son genre. Habituellement les travaux sur les représentations sociales sont effectués sur des entretiens individuels. La reconstruction de la représentation sociale est effectuée par un enquêteur à partir de différents entretiens avec un nombre de sujets restreint. Dans notre cas, la recherche de la représentation concerne une population de plus de 10 800 personnes interrogées. La méthodologie adoptée favorise les réponses courtes (en moyenne 8 mots par réponse), elle ne permet pas d'entrer dans les détails mais d'appréhender une notion plus collective. La répétition de la réponse à grande échelle dégage les invariants liés à celle-ci. C'est donc un travail plus superficiel mais aussi plus global. Notre analyse thématique n'est qu'un angle particulier pour aborder des représentations sociales (tableau 1).

Tableau 1. Les sites concernés par l'étude
Effectifs

Représentatif de

La Grande Comore 918 Ile
Antananarivo 899 Ville de Tananarive
Mahajanga 900 Ville de Mahajanga
Ile Maurice 899 Ile
Réunion 909 Ile
Guadeloupe 855 Ile
Marseille 893 Quartier nord de Marseille
Pyrénées orientales 885 Département
Nantes 413 Ville
Sud des Hauts-de- Seine 900 Chaville-Meudon Montrouge-Malakoff secteurs psychiatriques
Vallée de la Lys 902 Secteur psychiatrique
Lille Hellemmes 608 Secteur psychiatrique
Tourcoing 901 Ville
Total 10 882  

Chaque site est représentatif pour une zone déterminée selon des critères d'âge, de sexe et de catégories socioprofessionnelles. Les différents sites sont représentatifs pour eux-mêmes, c'est-à-dire qu'on ne peut effectuer un amalgame entre eux. Il ne nous est donc pas possible, en théorie, d'extrapoler à la France entière les résultats obtenus pour les sites français. Pour l'instant nous ne pouvons conclure que pour les sites concernés. La suite de l'enquête doit remédier à ce problème, en constituant un échantillon français représentatif nationalement.

Analyse des données

Alceste (Analyse lexicale par contexte de segment de texte) est un logiciel du CNRS (Centre national de la recherche scientifique) et de l'Anvar (Agence nationale pour la valorisation de la recherche). Il est utilisé habituellement pour l'analyse d'entretiens, de questions ouvertes, d'enquêtes socio-économiques, de recueils, de textes divers [17]. Il effectue un travail de synthèse des différents groupes thématiques qui ne reflète pas uniquement une idée globale du thème abordé, mais permet aussi de dégager les différents contextes thématiques dans lesquels sont abordées les questions posées. Ces contextes thématiques sont ensuite corrélés aux groupes proposés. Dans notre cas, il s'agit des sites d'investigation ou des questions posées selon les analyses auxquelles nous avons procédées.

Alceste segmente le corpus à analyser en unités contextuelles (UC). Il étudie ensuite la distribution des mots pleins (autres que les mots outils, pronoms...) dans ces UC. L'analyse des données se fait par tableaux de contingence ou de présence/absence, comportant deux entrées : les UC d'un côté et les formes de l'autre. Pour chaque UC, la répartition des formes est connue. Une comparaison permet de regrouper les UC comprenant un maximum de formes communes. On effectue donc une première division. Et ainsi de suite, en évoluant vers un nombre de classes définies. Il s'agit de la classification hiérarchique descendante. À partir de ces tableaux de contingence, sont calculés des Khi2 d'association, définissant en quelle proportion les items concernés sont attachés à une classe de façon aléatoire. Plus le Khi2 est élevé, plus la probabilité d'être un hasard est faible. Les Khi2 ne sont pas rapportés à une probabilité quantifiée, ce qui n'aurait aucun sens dans ce type de travail. Les chiffres seront donnés essentiellement à titre indicatif. Ils doivent être considérés comme des repères de la liaison.

Nous développerons dans cet article une analyse réalisée sur l'ensemble des données.

• Analyse globale

Cette analyse globale rassemble l'ensemble des sites d'investigation pour une question donnée et permet d'approcher la spécificité culturelle de la représentation pour les différents sites. Les découpages thématiques suivent les spécificités culturelles. Nous dégageons les thèmes qui sont les vecteurs de ces différences culturelles entre les groupes retrouvés.

• Critères

L'analyse textuelle aboutit donc à des regroupements thématiques qui sont exposés sous forme de listes de mots. Nous rapportons leur occurrence (dans le groupe thématique donné) ainsi que le Khi2 d'association (entre le mot et le groupe thématique). Pour chaque groupe, nous avons pris les 40 termes les plus liés (Khi2) et limité les formes sélectionnées à un Khi2 supérieur ou égal à 10. Nous n'avons pris en compte que les mots qui étaient cités au moins 5 fois dans un groupe donné. Nous présentons ici les dix premiers termes. Pour analyser leur sens, nous les avons réintroduit dans leur contexte. Les analyses tendent à décrire un objet signifié qui n'est pas représenté par un signifiant stable ; pourtant nous utilisons ces signifiants en les reformulant afin d'en dégager une idée concrète. Et par là même, nous réintroduisons forcément une erreur par rapport à cet objet signifié.

Résultats

Les représentations du « fou »

À Madagascar (tableau 2), le fou perd son caractère d'humain, il est retourné à l'état de nature, il n'a plus de honte : il est nu, sale, il mange des saletés, il erre et il a un comportement incongru. La folie lui retire sa qualité d'être humain. C'est cette représentation amorale du fou qui le caractérise par rapport aux autres sites, mais c'est la proximité du malade mental, la déficience qui est le plus souvent évoquée à Madagascar.

Tableau 2. Analyse globale des représentations du « fou » à Madagascar
OccurrencesKhi2
Nu +  142 669,56
Incapable +  98 352,47
Promen + er 70 308,09
Excentri <  61 242,85
Vagabond +  54 238,98
Mang + er 56 236,28
Err + er 52 229,66
Hont + e 52 217,68
Inconscient +  75 180,14
Vêtement +  45 179,81

À l'île Maurice et à la Grande Comore (tableau 3), il existe une atteinte des fonctions qui sont défaillantes : affaiblissement, fatigue mentale pour l'île Maurice et défaut de fonctions pour la Grande Comore. Les manifestations de la folie sont essentiellement perçues à travers le discours : l'île Maurice évoquant plus une bizarrerie et la Grande Comore l'absurdité, l'inadaptation.

Tableau 3. Analyse globale des représentations du « fou » à l'île Maurice et à la Grande Comore

OccurrencesKhi2
Fatigue +  55 219,39
Mémoire +  71 197,48
Sain +  54 194,16
Esprit +  116 119,30
Comprendre 66 114,14
Parole +  23 72,21
Intellig <  29 65,61
Affecte +  16 56,63
Tête +  163 52,72
Souci +  21 50,43

En France (tableaux 4 et  5 ), le fou est inadapté au monde, à la réalité et à la société, en dehors des référentiels communs. Sa réalité n'est pas la nôtre ; le « fou » est celui qui vit dans un autre monde tout à fait détaché du nôtre ; il est au-delà des cadres et des limites. Il ne correspond à aucun des schémas qui régissent l'individu. Il échappe à l'entendement, aux lois humaines, aux lois de la nature, aux lois de la psychologie, voire à celles de la physique. On ne peut rien dire du fou. On ne peut rien comprendre du fou, il ne correspond pas à nos schémas de pensée. Autant il est incapable de s'adapter à notre monde (il est dans un autre monde), autant notre monde et ses règles ne peuvent s'adapter à lui. Le fou n'est pas compréhensible, il échappe à toute connaissance. La seule loi concernant le fou est qu'il n'est concerné par aucune (légale, morale, psychologique, physique). On affirme qu'on ne peut rien affirmer pour le fou. Le danger que représente le fou renvoie à son imprévisibilité. Le fou ne s'appartient pas, il a perdu la tête. Il n'a pas tout à fait un droit de regard sur son corps, sur son être même ! Il a un défaut du soi.

Tableau 4. Analyse globale des représentations du « fou » dans les sites français

OccurrencesKhi2
Monde +  166 104,18
Norme +  160 97,59
Réalité +  153 84,64
Folie +  96 77,01
Société +  189 75,63
Danger +  160 70,72
Faculté +  117 50,53
Différ + ent 102 43,95
Repère +  40 32,43
Notion +  55 24,76

Tableau 5. Analyse globale des représentations du « fou » dans les sites français

OccurrencesKhi2
Compte +  37 205,64
Rendre 40 199,91
Terme +  40 135,05
Besoin +  23 106,16
Hopita + l 14 80,36
Péjorati + f 20 75,28
Populaire +  12 67,79
Désign + er 12 67,79
Employ + e 10 62,77
Aide +  10 62,77

Certaines personnes disent que le fou n'existe pas, qu'il existe plusieurs sortes de fou. Certains critiquent le mot fou de manière tout à fait marginale. On note une volonté de rationaliser, de démanteler le concept de « fou » pour l'intégrer au médical, le rattacher à la maladie mentale et instituer le soin. En raison de ses inaptitudes et particulièrement de son incapacité à se rendre compte de son état, le fou a besoin de soins. Mais ces soins ne semblent passer que par un isolement, un lieu spécialisé, un éloignement. C'est l'autre, le médical qui se rend compte pour lui et le prend en charge. La relation qui est faite dans ce groupe thématique est intéressante puisque l'incapacité à se rendre compte de son état est liée à la prise en charge médicale. Cela n'est pas sans rappeler la situation de l'hospitalisation à la demande d'un tiers. On remarquera que le soin n'apparaît que lorsque le terme de fou est critiqué. Ce dernier thème est moins représenté dans la population que les précédents.

Un concept global d'inaptitude, d'insuffisance, d'incapacité ou de défaillance est retrouvé dans tous les groupes. Chaque groupe possède une spécificité. C'est à l'île Maurice et à la Grande Comore que la déficience est la plus caractéristique de la représentation du fou. Il s'agit essentiellement d'une déficience des fonctions, d'un affaiblissement. À Madagascar, il s'agit d'une déficience de la raison et, en France, d'un défaut de contrôle de soi ou de conscience de soi. La notion de norme pour le fou est variable d'un site à l'autre. Elle est essentiellement morale à Madagascar, tout à fait absente pour le site français (le fou n'a plus de repère), alors qu'elle est plutôt d'ordre fonctionnel ou comportemental à l'île Maurice et à la Grande Comore. Nommer comme fou est déjà donner un sens, le rapprocher de quelque chose de connu, c'est-à-dire l'intégrer à une mythique culturelle. Une perte de contact avec le monde, un retour à la nature, un trouble fonctionnel, voilà comment peuvent s'expliquer les excès humains. C'est parce que je n'ai pas accès au signifié des actes du sujet qui se trouve face à moi que je projette sur lui le mythe du fou. C'est mon défaut de sens personnel qui fait de l'autre un fou.

Les représentations du « malade mental »

Aux Comores et à Madagascar (tableau 6) le malade mental est perçu à travers le parler, le faire. C'est le caractère absurde ou transgressif qui vient l'identifier. En termes de déficience, l'esprit du malade mental est atteint quantitativement ou qualitativement. À Madagascar, le fou est très proche du malade mental, de même pour la Grande Comore qui individualise peu les deux concepts.

Tableau 6. Analyse globale des représentations du « malade mental » à Madagascar et à la Grande Comore
OccurrencesKhi2
Incapable +  77 187,28
Parl + er 95 187,11
Toqu + er 49 145,16
Parole +  47 143,81
Acte +  94 137,76
Discours 51 129,52
Insensé +  43 117,25
Inconscient +  50 108,41
Excentri <  29 87,90
Nu +  27 81,75

À l'île Maurice (tableau 7), les notions de fatigue mentale, de stress sont apparentes. Le malade mental est compréhensible et explicable. Il existe des causes à son trouble, les soucis, l'alcool. Il doit suivre un traitement. La notion de traitement est primordiale à l'île Maurice pour définir le malade mental.

Tableau 7. Analyse globale des représentations d'un « malade mental » à l'île Maurice

OccurrencesKhi2
Fatigué +  97 1 101,34
Affecte +  34 304,65
Stress +  23 173,82
Alcool <  22 146,23
Raisonn + er 45 140,84
Nerf +  24 123,02
Fonctionn + er 26 115,09
Boire 13 113,39
Menta + l 117 85,00
Tête +  92 84,95

En France (tableaux 8 et 9), les sites évoquent clairement deux thèmes. Il s'agit surtout d'un problème médical, le malade mental souffre d'un problème psychologique et d'un handicap. On note une forte dualité entre physique et psychique. Il est fait référence pour le malade mental, à l'arsenal héréditaire et biologique bien entendu.

Tableau 8. Analyse globale des représentations d'un « malade mental » en France

OccurrencesKhi2
Troubl + er 235 205,90
Psycholog + 16 230 160,09
Atteint <  166 144,53
Maladie +  289 126,38
Niveau +  119 124,58
Problèm <  356 113,07
Psych + 16 164 86,33
Psychiatr + 16 70 67,65
Souffrir. 116 67,21
Cerveau +  210 63,50

Tableau 9. Analyse globale des représentations d'un « malade mental » en France

OccurrencesKhi2
Monde +  64 100,26
Dépressi + f 86 84,48
Venir 25 68,85
Société +  67 64,10
Vivre 67 56,19
Voir 31 43,19
Réag + ir 35 41,20
Adapt + er 21 36,39
Vie +  70 36,20
Réalité +  46 35,55

La seconde représentation du malade mental est celle d'un autre fou. Le malade mental est moins inadapté par rapport au fou, il existe une forte proximité fou = malade mental. Dans tous les sites, on note un glissement entre le fou et le malade mental. La référence positive ou négative au fou reste très présente ; avant de savoir ce qu'est un malade mental, on sait ce qu'est un fou, cette représentation est évidente. La représentation du fou est une représentation naturelle : elle n'a pas besoin de la science pour exister. Elle fait référence à des notions fortes, comme la différence et la crainte de l'autre. Il faut avoir accès à des notions bien précises avant d'effectuer une distinction entre fou et malade mental ; la représentation sociale du malade mental passe par celle du fou. Pour le malade mental, on ne se situe plus dans l'« être » mais dans l'« avoir ».

Il existe deux polarités. L'une que l'on relie au fou (c'est un être différent), l'autre au malade mental (c'est une maladie). Mais cette différence n'est pas nette. Il s'agit d'une continuité de l'une à l'autre de ces conceptions. D'ailleurs Wilson a été confronté à cette continuité dans son étude sur les représentations des malades mentaux dans les programmes télévisés. Où débute la référence aux malades mentaux et où débute la référence à ce qui n'a pas reçu de sens ? Le malade mental est un fou minoré ou plutôt intégré à une dimension médicale. La notion de traitement chez le fou n'apparaît que lorsque celui-ci est rapproché du malade mental. S'il a une maladie, alors il existe une cause, un traitement. Des causes sont plus fréquemment évoquées pour le malade mental. L'idée de souffrance est quasi-absente pour le fou. Le malade mental est plus rassurant que le fou car il est compris par le médecin, le psychiatre. Il n'est donc pas étonnant qu'on réclame à ce dernier de pouvoir prédire sa dangerosité, ses actes. On peut probablement ici faire le lien avec ceux qui demande la disparition du mot fou. Le médecin connaît sa maladie, il pourra donc savoir quand et comment le malade mental sera dangereux. Les actes insensés deviennent explicables par la maladie.

Les représentations du « dépressif »

Tableau 10. Analyse globale des représentations d'un « dépressif » à Madagascar

OccurrencesKhi2
Acte +  45 314,31
Intellig <  37 285,11
Parole +  28 213,18
Sot +  26 206,79
Anorma + l 33 192,75
Esprit +  39 184,62
Raison +  52 162,23
Dérang + er 21 148,79
Mémoire +  22 141,34
Vêtement +  17 125,65

Tableau 11. Analyse globale des représentations d'un « dépressif » aux Comores

OccurrencesKhi2
Vie +  87 41,67
Triste +  63 38,42
Souci +  55 33,34
Victime +  51 30,83
Accabl + er 48 28,95
Malheur +  41 24,60
Temps 47 21,15
Psycholog + 16 42 20,32
Mélancol + 16 34 20,29
Choc +  31 18,46

Tableau 12. Analyse globale des représentations d'un « dépressif » à l'île Maurice

OccurrencesKhi2
Fatigue +  100 458,67
Souci +  86 376,37
Désol + er 30 331,03
Affecté +  33 289,37
Menta + l 100 263,83
Dégout + er 14 141,98
Fait 86 117,08
Stress +  57 114,66
Néglig + er 9 98,99
Frustr + er 8 67,23

Tableau 13. Analyse globale des représentations d'un « dépressif » en France

OccurrencesKhi2
Noir +  401 450,22
Voir 369 401,18
Triste +  335 165,96
Vie +  496 165,68
Pleur + er 161 111,63
Négati + f 112 96,85
Bro + yer 69 78,45
Idée +  95 70,31
Aller 112 70,14
Goût +  146 65,96

Tableau 14. Analyse globale des représentations d'un « dépressif » en France

OccurrencesKhi2
Nerf +  168 139,92
Nerv + eux 185 130,13
Suite +  78 85,52
Choc +  88 73,91
Travail <  99 70,67
Dépressi + f 153 65,82
Maladie +  99 59,38
Psycholog + 16 75 57,71
Besoin +  45 55,04
Crise +  46 51,93

La dépression à Madagascar (tableau 10) est peu connue (nombre de non-réponse/nb de réponse = 50 %) mais ceux qui la connaissent y décrivent une tristesse de l'humeur, une conséquence à des conflits psychologiques, des déceptions, un deuil.

Aux Comores (tableau 11), le dépressif est proche du fou et du malade mental.

À l'île Maurice (tableau 12), on retrouve la notion de fatigue mentale et de découragement, secondaire à des soucis familiaux, mais aussi à la drogue.

Sur les sites français (tableaux 13 et 14 ), on retrouve deux thèmes, le premier est attaché de façon prédominante aux sites métropolitains, le second à la Réunion et à la Guadeloupe.

En France métropolitaine, il s'agit essentiellement de la souffrance psychologique. On retrouve une théorie de l'humeur. Le sujet est triste, il a une vision négative et, surtout, il est incapable d'assumer la vie courante. Il ne peut faire face.

À la Réunion et à la Guadeloupe, c'est une théorie nerveuse qui prédomine. Le sujet est pris des nerfs, il est nerveux. Il fait des crises, il ne contrôle plus ses émotions. Il pète les plombs. Cela est en relation avec un choc psychologique ou des ennuis : travail, deuil, amour. Il a besoin d'aide. C'est une conception très énergétique d'action/réaction face à des problèmes.

On trouve une notion d'événements traumatiques qui entraîne une réaction du sujet (nerveuse ou maladie). C'est de cette façon qu'interviennent les événements cités plus haut. Ils interviennent également comme les révélateurs d'un état empêchant l'individu d'assumer les soucis de la vie quotidienne. Ces événements ne sont pas traumatisants pour tous, mais ils semblent insurmontables. Dans ce cas, il existe un état prédominant et les soucis sont de moindre importance. Le dépressif se situe souvent à un carrefour entre un état de sa personne et un état réactionnel à un événement extérieur. Il est proche de l'état, pas de l'être. On voit apparaître souvent l'aspect transitoire du trouble. Il s'agit d'une réaction (il est écrasé) ou d'un effondrement de la personne (le sujet implose). Cette distance que nous constatons entre dépressif et maladie (ou le médical) peut remettre en cause ceux qui pensent que les sujets ont facilement recours à la pilule miracle. Certes, le public n'a pas une représentation claire de ce qu'est la dépression (c'est une vision plutôt extensive), mais elle n'évoque pas le traitement en première intention. C'est une relation d'aide qui est évoquée. Mais, inversement, c'est aussi cet aspect qui rend parfois difficile l'acceptation du traitement médicamenteux.

La dépression est méconnue à Madagascar. Elle est non différenciée de la folie et de la maladie mentale en Grande Comore. C'est la fatigue à l'île Maurice et en France. Deux conceptions en termes de représentation : la folie est hors champ médical, la maladie mentale est la folie médicalisée, la dépression est la maladie mentale consciente.

Conclusion

Chaque maladie a une image. Pourtant, en psychiatrie, il existe un vide de représentation, la population a peu de représentations pour penser la psychiatrie. Les représentations qui prédominent sont celles du fou, du malade mental ou du dépressif. Personne ne veut être ou devenir fou, c'est intolérable. La clinique de l'attaque de panique montre qu'il s'agit, avec la peur de la mort, de l'une des plus grandes craintes. Le fou, c'est celui qui n'a pas conscience de lui-même et dont les actes ne peuvent être expliqués. On s'aperçoit avec cette étude que le malade mental a hérité de tous les stigmates du fou, avec la caution médicale en prime ! Pourtant, Henri Ey pensait qu'en ne parlant que de maladies mentales, on réduirait la question de la folie à une insignifiance. Ce n'est pas le cas, et peut-être la même dérive s'attachera-t-elle dans quelque temps aux termes de troubles psychiques. Il en va autrement pour le dépressif dont les événements de vie, l'histoire individuelle justifient l'état actuel. Pour résumer on pourrait dire : le fou est fou, le malade mental a une maladie et le dépressif fait une dépression.

L'étude montre également le décalage persistant entre le vocabulaire populaire de la folie et la sémiologie psychiatrique. Alors comment changer l'image des maladies, des malades et de ceux qui les soignent ? Il ne semble pas pertinent de lutter contre cet archétype du fou, ni même celui du malade mental, qui jouent indubitablement un rôle dans l'imaginaire collectif. En effet, la lutte frontale contre ces représentations peut entraîner un effet inverse : désigner avec encore plus de force et d'exclusion les personnes identifiées et les « surstigmatiser ». Par contre, il est toujours possible, sans tomber dans l'angélisme, de rendre plus proches, plus accessibles, plus humains les troubles mentaux. La dépression est devenue très médiatique ces trente dernières années, c'est de cette façon que son image a changé et qu'elle est moins perçue comme une maladie honteuse. Il faudra montrer les maladies et les médiatiser.

Cette enquête, par la mise au jour des représentations de la folie, de la maladie mentale et la dépression, est le point de départ, dans plusieurs sites, d'actions de communication et d'information en direction de la population et des professionnels de santé, adaptées aux spécificités culturelles de chaque site.

Références

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2. Angermeyer MC, Matschinger H. Public attitude towards psychiatric treatment. Acta Psychiatr Scand 1996 ; 5 : 326-69.

3. Brockington IF, Hall P, Levings J, Murphy C. The Community's tolerance of the mentally ill. Br J Psychiatry 1993 ; 162 : 93-99.

4. Chou KL, Mak KY, Chung PK, Ho K. Attitudes towards mental patients in Hong Kong. Int J Soc Psychiatry 1996 ; 42 : 213-9.

5. Cheung FM. People against the mentally ill : community opposition to residential treatment facilities. Community Ment Health J 1990 ; 26 : 205-12.

6. Day DM, Page S. Portrayal of mental illness in canadian newspapers. Can J Psychiatry 1986 ; 9 : 731-813.

7. Defromont L. Une approche des représentations sociales du « fou » du « malade mental » et du « dépressif », à propos de l'étude la santé mentale en population générale : image et réalité. Mémoire DES inter-région nord-ouest, 2000

8. Dudley M. Images of psychiatry in recent Australian and New Zeland fictions. Aust NZ J Psychiatry 1994 ; 28 : 574-90.

9. Ehrenberg A. La fatigue d'être soi. Paris : Odile Jacob, 1998.

10. Hayward P, Bright JA. Stigma and mental illness : a review and critique. J Mental Health 1997 ; 6 : 345-54.

11. Jodelet D. Les représentations sociales. Paris : PUF Sociologie d'aujourd'hui, 6e édition 1999.

12. Jodelet D. Folies et représentations sociales, Paris : PUF, 1989.

13. Jorm AF, Korten AE, Jacomb PA, Christensen H, Henderson S. Attitudes towards people with a mental disorder : a survey of the Australian public and health professionals. Aust NZ J Psychiatry 1999 ; 33 : 77-83.

14. Jorm AF, Korten AE, Jacomb PA, Christensen H, Rodgers B, Pollitt P. Public beliefs about causes and risk factors for depression and schizophrenia. Soc Psychiatry Psychiatr Epidemiol 1997 ; 32 : 143-8.

15. Ojanen M. Attitudes towards mental patients. Int J Soc Psychiatry 1992 ; 38 : 120-30.

16. Paykel ES, Hart D, Priest RG. Changes in public attitudes to depression during the defeat depression campaign. Br J Psychiatry 1998 ; 173 : 519-22.

17. Reinert M. Alceste : une méthodologie d'analyse des données textuelles et une application : Aurélia de G. de Nerval, Bull Méthodol Sociol 1990 ; 26 : 24-54.

18. Roelant JL, Caria A, Mondière G, et al. La santé mentale en population : image et réalité. L'Information Psychiatrique 2000 ; 76 : 279-92.

19. Taylor SM, Dear MJ. Scaling community attitudes toward the mentally ill. Schizophr Bull 1981 ; 7 : 225-40.

20. Sperber D. Anthropologique des représentations : problèmes et perspectives dans les représentations sociales. Paris : PUF, 1989.

21. Wilson F, Nairn R, Coverdale J, Panapa A. How mental illness is portrayed in children's television. Br J Psychiatry 2000 ; 176 : 440-3.

22. Wolff G, Pathare S, Craig T, Leff J. Community attitudes to mental illness. Br J Psychiatr 1996 ; 168 : 183-90.

Defromont L, Roelandt JL. Les représentations sociales du « fou », du « malade mental » et du « dépressif ». L'Information Psychiatrique 2003 ; 79 : 887-94.

lundi, 06 décembre 2010

Les troubles bipolaires

 

Une définition des troubles bipolaires par BRYSTOL-MYERS SQUIBB

Santé Mentale


Les troubles de l’humeur (appelés dysthymies) correspondent à une perte de capacité d’un individu à contrôler ses affects, son humeur. En cas de dérèglement, l’humeur peut ainsi varier dans des proportions anormales.

Les troubles bipolaires sont des troubles de l’humeur regroupant des symptômes pouvant aller de l’état dépressif à l’accès maniaque, en passant par tous les stades intermédiaires. Il s’agit d’une maladie chronique.

L’humeur peut subir des variations plus ou moins importantes de part et d’autre d’un état d’humeur « normal » (que l’on pourrait représenter par une ligne médiane).

Schéma des troubles de l'humeur

Ce schéma représente une façon d’interpréter les troubles bipolaires aujourd’hui telle qu’admise par l’American Psychiatric Association. [1]

 

Épidémiologie

- En France, les troubles bipolaires touchent entre 1,2% et 5,5% de la population générale

- Dans le monde, leur fréquence varie selon les pays de 0,2% (Canada) à 5,1% (Hongrie) [3]

  • 0,5% en Amérique latine et en Asie
  • v1,5% en Amérique du Nord et en Europe

- Les femmes sont autant touchées que les hommes
- La maladie peut débuter à des âges variables :

  • L’âge des premiers symptômes n’excède pas 15 ans dans un tiers des cas [4]
  • Ils se situent entre 15 et 19 ans dans 27% des cas et surviennent au-delà de 20 ans dans 39% des cas. [5]
  • Les troubles bipolaires débutent chez l’adulte jeune. Selon le NICE (National Institute for Health and Clinical Excellence), le premier épisode survient avant 30 ans. Avec un âge moyen de 17 – 29 ans et un pic à l’adolescence de 15 à 19 ans [6].

Selon l’OMS, les troubles bipolaires sont la sixième cause de handicap chez les personnes de 15 à 44 ans. Source de difficultés chez l’adulte jeune, ils font partie des 10 causes majeures de handicap et de surmortalité reconnues dans le monde.

Symptômes de la maladie

La forme classique des troubles bipolaires consiste en une alternance d’accès dépressifs et d’accès maniaques, entrecoupés de périodes d’état normal. Il peut exister différentes formes cliniques, avec prédominance d’un pôle ou de l’autre, et des symptômes d’intensité variable (en passant par tous les stades de gravité).

Le diagnostic est rendu difficile lorsqu’il existe des formes atténuées, ou des formes où les symptômes sont essentiellement dépressifs.


Dans les troubles bipolaires on peut voir des symptômes dépressifs, hypomaniaques, ou maniaques.

L’épisode dépressif majeur [7]
L’épisode dépressif majeur témoigne d’un affaissement douloureux de l’humeur qui affecte les différentes sphères de la vie psychique, la cognition, les émotions, la motricité mais aussi les rythmes vitaux du sommeil et de l’appétit, ou la capacité à éprouver du plaisir et l’image de soi. Les symptômes qui sont le reflet de cette affection induisent une souffrance cliniquement significative ou une altération du fonctionnement socioprofessionnel.


L’épisode maniaque [7]
L’épisode maniaque correspond, pour sa part, à l’occurrence d’une période nettement délimitée durant laquelle l’humeur est élevée de façon anormale et persistante pendant au moins une semaine.

Au cours de cette période, il existe une atteinte des mêmes domaines que dans l’épisode dépressif majeur, mais seulement trois symptômes sur une liste de sept sont nécessaires au diagnostic d’épisode maniaque, accompagnés d’une altération marquée du fonctionnement professionnel, des activités sociales ou des relations interpersonnelles :

- l’humeur est élevée de façon anormale et persistante, expansive ou irritable, clairement différente de l’humeur non dépressive habituelle, et ce tous les jours pendant au moins 4 jours.
- augmentation de l’estime de soi oui idées de grandeur.
- réduction du besoin de sommeil
- plus grande communicabilité que d’habitude ou désir de parler constamment.
- fuite des idées ou sensations subjectives que les pensées défilent.
- distractibilité (p. ex., l’attention est trop facilement attirée par des stimulus extérieurs sans importance ou insignifiants).
- augmentation de l’activité orientée vers un but (social, professionnel, scolaire ou sexuel) ou agitation psychomotrice.
- engagement excessif dans des activités agréables mais à potentiel élevé de conséquences dommageables (p. ex., la personne se lance sans retenue dans des achats inconsidérés, des conduites sexuelles inconséquentes ou des investissements commerciaux déraisonnables).


L’épisode hypomaniaque [7]
L’épisode hypomaniaque se distingue de l’épisode maniaque par sa durée (au moins quatre jours) et par une altération moindre du fonctionnement global.

Durant cette période de perturbation de l’humeur, au moins 3 des symptômes décrits dans l’épisode maniaque persistent avec une intensité significative.



De façon plus globale, les troubles bipolaires présentent des symptômes répartis en quatre catégories [8] :

- Symptômes touchant l’humeur :

  • Jovialité, euphorie, exaltation, mégalomanie
  • Hostilité, tristesse, irritabilité, anxiété
  • Sentiment de dévalorisation

- Symptômes affectant les fonctions intellectuelles :

  • Accélération de la pensée (surexcitation psychique),
  • Fuite des idées (succession rapide d’idées associée à un discours incohérent)
  • Inhibition
  • Difficulté d’attention et de concentration, troubles de la mémoire, perte d’énergie psychique

- Troubles du comportement :

  • Agitation, hyperactivité, important débit de parole
  • Ralentissement, fatigue, inhibition
  • Anorexie/boulimie
  • Insomnie ou augmentation/diminution du besoin de sommeil
  • Désinhibition sexuelle
  • Violence, suicide

- Symptômes psychotiques :

  • Délires, hallucination

Pathologies associées

[9]

Il est très fréquent que les troubles bipolaires soient associés à une autre pathologie qui peut interférer et retarder leur diagnostic. La fréquence de cette association peut aller jusqu’à 65%.

Ces pathologies sont :
- Abus et dépendance aux substances toxiques, particulièrement l’alcool, mais aussi la cocaïne, le cannabis, les opiacés, les amphétamines.
- Trouble déficit de l’attention/Hyperactivité (chez l’enfant et l’adulte)
- Troubles anxieux
- Troubles obsessionnels compulsifs (TOC)
- Troubles du contrôle des impulsions (kleptomanie, pyromanie, jeu pathologique)
- Troubles de la personnalité (traits de caractères rigides ou inadaptés)
- Troubles du comportement alimentaire

Il est important de rechercher ces pathologies lorsqu’on soupçonne des troubles bipolaires et inversement, de rechercher des troubles bipolaires lorsqu’un patient présente une de ces pathologies.

Facteurs de risque

[10] [11]

Il existe des facteurs pouvant influencer le développement des troubles bipolaires. Ces risques peuvent être génétiques et/ou sociaux.

Facteurs de risques génétiques
En effet, si un membre de la famille souffre d’un trouble bipolaire le risque de développer la maladie est de :

- 40% à 70% si c’est un jumeau monozygote
- 10% si c’est un frère ou une sœur
- 5% à 10% si c’est un parent de premier degré (vs 1% dans la population générale).


Facteurs de risques sociaux
Des facteurs de risques sociaux tels que des événements de vie stressants (problèmes familiaux, conjugaux, professionnels) et l’altération des rythmes peuvent favoriser le développement des troubles bipolaires.

Retentissement professionnel et familial et social
Les troubles bipolaires peuvent être responsables de précarité professionnelle ou de chômage, du fait des arrêts de travail répétés ou des licenciements. De même, les patients plus jeunes peuvent se retrouver en situation d’échec scolaire.

La vie familiale est perturbée de façon importante, tant en ce qui concerne les relations entre conjoints que les relations parents-enfants, ou avec la famille au sens plus large.

Le comportement du patient lors des phases maniaques (dépenses excessives, mauvaise gestion) peut provoquer des difficultés financières. Il peut aussi l’amener à être impliqué dans des actes délictueux ou des situations conflictuelles avec son voisinage.

> Pour avoir plus d’informations sur le retentissement de cette maladie, consultez le lien : http://www.bmsfrance.fr/Zoom-troubles-bipolaires.html#retentissement

Traitement

[12]

L’objectif du traitement des troubles bipolaires est de ramener l’humeur à un état normal, puis de prévenir les récidives d’états maniaques ou d’épisodes dépressifs.

La prise en charge des troubles bipolaires a beaucoup évolué ces dernières décennies. Il y a plus de 50 ans, les médecins n’avaient à leur disposition que peu de traitements médicamenteux.

- Les thymorégulateurs (ou stabilisateurs de l’humeur) sont destinés à réguler les troubles de l’humeur, ils comportent plusieurs classes de médicaments dont certains antiépileptiques ;

- Les antipsychotiques sont indiqués dans le traitement des épisodes maniaques aigus et préviennent, en fonction des molécules, la réapparition de nouveaux épisodes.

Le traitement de la maladie bipolaire nécessite une approche curative et préventive.
La prise en charge thérapeutique des épisodes maniaques dans les troubles bipolaires comporte deux pôles de traitement :

- Le traitement de la crise, destiné à soulager le patient, de façon rapide, efficace et maintenue.
- Le traitement de fond, préventif ou prophylactique, a pour objectif de prévenir la réapparition de nouveaux épisodes.

Cette efficacité thérapeutique est le préalable nécessaire et indispensable à tout travail de restauration sociale, familiale et professionnelle. Certains médicaments sont tout à la fois curatifs à action rapide et prophylactiques. Ce double potentiel se révèle très précieux pour les patients. Ils peuvent ainsi garder le même traitement tout au long de leur maladie et cette simplicité constitue un atout en termes d’observance thérapeutique.

Parce que les troubles bipolaires évoluent sur un mode chronique et récidivant, il est important de tenir compte de la tolérance des médicaments. La survenue des effets secondaires est la principale cause d’un arrêt de traitement, et, en corollaire, de rechute.

 

Thérapies complémentaires

Parallèlement à la prescription de médicaments, l’application de règles d’hygiène de vie (respect d’une quantité d’heures de sommeil et des rythmes sociaux…) et l’institution d’une prise en charge psychothérapique sont nécessaires.

La psychothérapie améliore notamment la qualité de l’observance et apporte un soutien nécessaire au patient et à son entourage. Dans certains cas, la une psychothérapie spécifique peut être justifiée.

Pour en savoir plus, consultez le Guide Affection de Longue Durée – Troubles Bipolaires de la HAS – 2009.

 

[1] Source : American Psychiatric Association Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorders, 4th edition, text revision (DSM-IV-TR). American Psychiatric Press ; 2000:382–401 ; Goodwin and Jamison. Manic-Depressive Illness. New York : Oxford University Press, 1990 ; World Health Organization International Statistical Classification of Diseases and Related Health Problems, 10th Revision. Online Version for 2007. Available at : http://www.who.int/classifications/....

[2] M de Zélicourt, et al. Les troubles bipolaires en France. L’Encéphale 2003 ;XXIX:248-53, cahier 1.

[3] Slama F. Epidémiologie des troubles bipolaires de l’humeur. Rev Prat, 2005 ; 55:481-5.

[4] Etude ECHO : Hirschfeld RMA, Lewis L, Vornik LA (2003). Perceptions and impact of bipolar disorder : how far have we really come ? Results of the national depressive and manic-depressive association 2000 survey of individuals with bipolar disorder. J Clin Psychiatry, 64 : 161-174 )

[5] Etude ECHO : Morselli PL and Elgie R. (2003) - GAMIAN-Europe/BEAM survey : I - Global analysis of a patient questionnaire circulated to 3450 members of 12 European advocacy groups operating in the field of mood disorders ; Bipolar Disorders, 5, 265-278.

[6] Nice 2007 - National Institute for Health and Clinical Excellence

[7] Azorin JM. Qu’est-ce que le trouble bipolaire ? L’Encéphale, 2006, Vol. 32, n° 4, Part 2, 489-496

[8] Chiaroni P. Aspects cliniques et diagnostic des troubles bipolaires. Rev Prat 2005 ;55:493-9.

[9] Lipski H, Baylé F. Troubles bipolaires et comorbidité psychiatrique. Rev Prat 2005 ;55:501-6.

[10] Müller–Oerlinghausen B, et al. Bipolar Disorder, Lancet 2002 ; 359 :241-7

[11] Lish JD et al. The National Depressive and Manic-Depressive Association (DMDA) survey of bipolar members. J Aff Dis 1994, 31-281-94.

[12] Gay C, Olié JP. Prise en charge des troubles bipolaires. Rev Prat 2005 ;55:513-22.